Cœur brisé

Cieux au couchant

 

Un cœur brisé, c’est un navire à la dérive
Au milieu de la tempête où hurlent des vents
D’enfer. Il est perdu, seul, silencieux, oublié !
Plus de moteur ! En dépit de la houle vive,
La douleur qui le brise le fige en avant.

Les mers hostiles, comme un étau que l’on resserre,
Plongent et jettent la vie dans un chaos fervent
Où les scintillements éphémères trahissent
Dans la nuit. Vagues ! Vagues ! Mirages d’Orient…
Elles sapent et rongent ! Il n’est nulle resserre.

Autour du bateau en détresse, c’est l’ivresse
Folle d’un vain bagout, d’une chasse au trésor,
De médisances sourdes versées à la houle…
Les rudesses d’antan, les coups bas du butor,
Les silences, les ressacs d’une ère traîtresse

Clament vengeance ?! Tant de joutes abusives
Sur ces flots indomptés brisent le cœur aimant
Du navigateur qui suit sa feuille de route,
Sans leurre ni parade. L’air subtil des rives
Lointaines ravive son courage et pourtant !

Le timonier a lâché la barre, son suroît,
Sa boussole en déroute ; désirs feux éteints,
Brisé, il s’éloigne à jamais sous l’alizé,
Vers un rocher battu par les vents. La nuit, il croit
Entendre une voix douce et profonde qui l’étreint

Jusqu’au petit matin. Le miroir s’est brisé !
Comment pleurer quand on n’a plus assez de larmes ?
Et qu’au fond, coule un torrent d’amour insensé
Pour ceux qui sont restés dans les embruns salés
Des froids retours de la lame !

Le cyclamor rouge a perdu les siens, fêlure !
Le nautonier replie ses cartes et son barda
Assure ses demi-clefs et quitte son fief
A pas lents, les cils humides, le cœur en berne.
Un homme le croise et l’interpelle : « Holà ! »
Il lui répond jovial : « Je remets mes chaussures ! »

 

Perceval Le Grantois
Le 23-09-2020

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