Le conte du Graal (ou Perceval) : Prologue

Le conte du Graal (PERCEVAL)

Prologue

Qui sème peu, récolte peu, et qui veut avoir belle récolte, qu’il jette sa semence en une terre où elle lui rapporte au centuple : car en terre qui ne vaut rien la bonne semence se dessèche et meurt. Chrétien sème – c’est sa semence – un roman qu’il commence et il le sème en si bon lieu qu’il ne peut être sans grand profit : il le fait pour le plus sage et le meilleur qui soit en tout l’empire de Rome, le comte Philippe de Flandre, qui vaut plus qu’Alexandre lui-même dont on dit pourtant tant de bien. Et je montrerai que le comte lui est bien supérieur, car Alexandre portait en lui tous les vices et toutes les faiblesses dont le comte s’est purifié et libéré.

Tel est le comte qu’il ne prête l’oreille à nulle plaisanterie grossière, à nulle méprisante parole – et, s’il entend dire du mal d’autrui, de qui que ce soit, il en souffre. Le comte aime la justice rendue avec équité, la loyauté aussi et Sainte Église ; il hait toute bassesse. Il est généreux et sans ostentation ; les dons qu’il fait sont sans calcul ni hypocrisie, en conformité avec l’Évangile qui déclare : que ta main gauche ignore le bien que fera ta main droite.

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