Souvenirs…©

Souvenirs…©

 

À sa petite tribu assise autour de la table, serviette nouée autour du cou, prête à monter à l’assaut d’une chaude assiettée de soupe au vermicelle, maman annonça :

« – Guiguitte a apporté des yaourts pour vous ce soir les enfants ! Elle les a fabriqués exprès pour vous, bien veloutés, comme vous les aimez. »

« Hum ! miam ! Oui ! Merci !  » s’exclamèrent les plus grands. « Çi ! » répéta la plus jeune.

– Elle est gentille, hein ! maman ? » avisa l’aînée. Maman acquiesça avec un doux sourire.

Une fois le dernier brin de vermicelle récalcitrant posé d’office dans la cuillère avec le pouce et l’index, maman fouilla dans le buffet à vaisselle et faisant la distribution aux enfants leur dit :

« – Voilà vos coquetiers ! Grand-mère va rapporter des œufs frais du poulailler pour vous faire des œufs à la coque.

– Maman, le jaune est à moi ! s’empressa de dire Jeny.

– Et moi, c’est le vert. » enchaîna Cécile.

Grand-mère, dont la taille forte et généreuse apparaissait déjà derrière les vitres de la porte de la cuisine, était donc bien attendue par ces cinq petits affamés. Leurs yeux s’éclairèrent

tandis qu’ils se tournaient vers leur grand-maman. Celle-ci, vive, malicieuse et aimante leur tendit ses mains vides.

« – Les poules n’ont pas pondu ce soir ! » affirma-t-elle d’un air attristé.

– Oh!!!!! » Le désappointement résigné de ces jeunes s’éleva en une seule et même voix. Mais très vite Jeny, qui avait les yeux partout, scrutant le regard de grand-mère, le petit sourire réprimé aux coins de ses lèvres qui faisaient un petit pli, son grand tablier sombre et ses grandes poches bombées, s’exclama soudain :

« – Tu les as cachés dans ton tablier ! Tu les as cachés dans ton tablier ! »

Découverte, grand-mère rit de bon cœur avec maman et l’hilarité devint générale. Une fois les secousses de la joie calmées, un à un, de ses grandes poches, elle sortit les œufs tout frais pondus.

Un jour, dans la gaieté générale, elle y ajoutera le bruit de la poule qui pond : « Cot ! cot ! co-ot ! »

Un autre jour, elle les cacha dans les poches de sa robe qui, bien à l’abri du tablier cette fois, ne révéla pas son secret !

L’enfance passe bien vite, mais le souvenir de ses couleurs redessine parfois de bien doux visages dont les baisers restent nichés au creux du cœur…

Geneviève Troussereau© 1995

error: Contenu protégé